Lundi 14 mars 2011 1 14 /03 /Mars /2011 15:25

Vendredi 12 mars 2011, 15H et des poussières, salle de travail des master/doctorants de l'université municipale d'Osaka, je travaille sur ma présentation d'1H30 à l'EHESS le jeudi 24.

Une vague impression de malaise. Mais tellement vague que c'est à se demander s'il y a une impression. La clim marche, les deux autres étudiants ont l'air de travailler sans soucis. Le porte plume avec un plumeau est en train de bouger : il est bancal, la clim qui souffle dans le plumeau lui ferait-elle de l'effet ? Je me tourne vers la fenêtre et vois les stores bouger... Décidément, la clim...?

Du coin de l'oeil j'appperçois Saitô-san qui regarde autour d'elle. Je la fixe un instant du regard. Elle me regarde...

"Il y a quelque chose, non ?

- Les stores bougent.

- Non... Un tremblement de terre ? Ho non, j'aime pas ça..."

Quand on va au Japon, on ne peut pas ignorer les tremblements de terres. N'importe quel individus doté de plus de trois grammes de cellules grises aura jeté un coup d'oeil à l'un des multiples manuels de sécurités qui nous rappellent les gestes de bas : 

fermer le gaz (il n'y a pas de gaz en salle d'étude), ouvrir la porte (au cas où le chambranle soit déformé et bloquerait la porte ! Se mettre sous le bureau : avec tous les dictionnaires et autres bouquins de 5 kg hauts perchés, la survie en salle d'étude est plus difficile qu'on pourrait le croire).

 

Saitô-san quant à elle, est encore plus pragmatique : allumer internet et regarder les infos : tremblement de terre au large de Sendai, plus de 7,5 ! Bon, on sort ? Aller, on sort. Nous avons réussi l'exploit de sortir du bâtiment avant même que le personnel administratif (qui est au rez-de-chaussé et donc encore moins sensible aux légères secousses) ne se rende compte de ce qui se passe.

Là encore : normalement, ils sortent avec casques et haut-parleurs, et font évacuer l'immeuble. C'est du moins comme ça lors des simulations.

Là, non, ça discute, sort tranquillement. La moitié des usagers seulement on du évacuer, mais tant pis. En même temps, c'est pas très impressionnant... L'impression d'être sur un gros navire qui tangue légèrement dans une houle légère. A moins de se concentrer, on ne sent rien.

On attend 5 min coincé entre deux bâtiments. En cas de grosses secousses, on se serait pris bris de verre et briques sur la tête, mais bon... passons. Il fait trop froid, on finit par rentrer.

 

La fin de l'après-midi se poursuit studieusement.

Jusqu'à ce que je reçoive un appel Skype de ma mère. "Oui ça va !" Elle me dit de regarder sur I-TV, alors je regarde et pour la première fois, je commence à voir l'ampleur des dégâts. Le tsunami n'a pas fait de cadeau.

 

Mais je suis loin et si je compatis pour les personnes touchées, il n'y a rien que je puisse faire. Je finis par rentrer et commence à me rendre compte du nombre de personnes qui s'inquiètent pour moi. J'envoie un mail groupé à plusieurs amis puis laisse tombé, le bouche à oreille devrait faire l'affaire !

En revanche, je m'inquiète pour mes amis de Tôkyô et les amis d'amis qui habitaient à Sendai.

Ceux de Tôkyô vont bien. Les autres, je ne sais pas. Je n'ai pas de moyens de les contacter.

Le spécialiste ès prêtres, chértiens-cachés et torture me dit que le seule blessé de sa résidence est un fou qui a sauté du 3ème étage...

 

 

13 avril, samedi. J'allumen l'ordinateur et MSN. Je change mon message MSN en "tout va bien, je suis loin, très loin".

Et là, concert de messages de soulagement. Bah, oui, je suis souvent connecté, mais pas toujours en mode visible... ne me voyant pas, ils s'inquiétaient.

D'autant que les centrales commencent à battre de l'aile... et à s'envoler vers d'autres cieux. Et là, renouvellement de concert d'inquiétudes. Un nouveau lien vers un journal X ou Y affirmant ceci ou cela. Un expert français qui avance un truc qui s'avèrera faut amène tout ces braves gens à s'inquiéter pour moi...

Je me vois obligé de créer une cart pour explique plus clairement la situation de mon point de vu :

 

http://maps.google.com/maps/ms?hl=fr&ie=UTF8&msa=0&msid=206729802531236591521.00049e4a5dd051c1e1ce7&mpnum=3&vps=1&sll=37.0625,-95.677068&sspn=33.847644,78.310547

 

Dimanche et lundi, c'est pas mieux.
J'apprends grâce à la mailing liste du CEJ (centre d'Etudes sur le Japon, de l'INALCO) que l'Ambassade recommande d'évacuer le Kantô. Y compris Tôkyô.

Quel courage ! Bizarrement, il n'y a rien d'indiqué sur les mesures que le gouvernement ou l'ambassade n'auront pas manqué de prendre pour PERMETTRE L'EVACUATION qu'ils recommandent ! En effet, au prix du billet d'avion, c'est pas comme si le clanpin de base (étudiant, prof de langue dans une boite au bord de la faillite, émigré ne travaillant pas pour une grosse boite...) pouvait abandonner son appart (tout en continuant à payer le loyer), sa famille et ses amis, pour enfin cracher près de 600 euros... pour retourner en France ou rien ne l'attends et om il risque de cracher à nouveau au bassinet pour se payer l'hôtel avant de trouver une solution plus stable...

 

A Tôkyô, Tödai (université de Tôkyô) est en partie fermée. Du fait des problèmes de transports : la baisse du nombre de centrales actives fait diminuer l'énregie électrique disponible. 9 départements japonais ont été regroupés en 5 blocs qui subissent des coupures de courant par roulement. Les trains ne peuvent rouler durant ce temps. Et en dehors également, il est demandé au compagnies de faire rouler moins de trains...

 

Ici, rien de tout ça...

Des retards dans les inscriptions administratives sont attendus un peu partout : l'année scolaire commence début avril. L'exament d'entrée, quant à lui, a eu lieu comme prévu samedi, mais les personnes qui n'auraient pu les passer ont jusqu'au 18 pour se manifester...

Les universités essaient tout de même de s'enquérire d'étudiants ou professeurs qui auraient été dans la zone dévastée.

 

Bref.

Moi je parts demain. Un voyage prévu depuis Octobre.

Je vois mon directeur de recherche mercredi et fait une présentation d'1H30 jeudi.

La  dernière semaine de mars, je devais assister à un cycle de conférences de quelques pontes japonais en histoire sociale, dont Yoshida Nobuyuki et Morishita Tetstu. Je devais aussi faire office de traducteur pour une partie de conférences (c'est moi qui ai traduit une partie des textes) et sans doute traduire en dehors des salles de classes, pour l'aspect quotidien. Mais je viens d'apprendre que tout cela est annulé. "Ceux qui peuvent/veulent y aller le peuvent quand même." Mais je doute que cela signifie "maintient informel des sessions"...

 

Dommage.

 

Mon rêve ? Me faire interroger par un journaliste à la descente de l'aéroport, et lui expliquer qu'au Japon, pour les 5/6ème des habitants, la vie continue. Jusqu'à ce que tout explose.

En attendant, quand je rentrerai, les cerisiers commenceront à fleurir.

Et s'ils brillent un peu dans le noir, un coupe de sake fera passer l'étrangeté du spectacle !

Par Elien - Publié dans : Japon
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Commentaires

Bon ben il aura fallu un tremblement de terre 8+ pour me faire revenir à mon blog...
Pas mal !

Un coup d'oeil sur ce blog s'avère également intéressant : autre point de vu, plus à vif... (je suis si détaché...! ^^ )
http://www.suppaiku.com/2011/03/je-suis-un-francais-du-japon-en-colere.html

Sur ce je vais me coucher : mon avion est à midi, faudrait pas que je le rate.
Quand je rentrerai, ça aura explosé. Ou pas.
Espérons le "ou pas"...
Commentaire n°1 posté par Elien le 14/03/2011 à 16h57

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